Thérapie et nouveaux modes de communication

Pour sa 11e journée d’étude, la FF2P propose de réfléchir à l’impact du numérique sur les pratiques thérapeutiques.

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Cette journée aura lieu samedi 30 mars, de 9h15 à 18h30, à Rennes.

« Quand les nouveaux modes de communication s’invitent dans la relation thérapeutique : dangers et/ou opportunités ?

« Les outils de communication actuels (téléphone, sms, mail, Skype, sites internet…) sont entrés dans nos pratiques. De fait, la séance, le cadre se transposent parfois en dehors de nos cabinets. Quelles influences l’usage de ces outils a-t-il sur le processus thérapeutique ? Sur nos pratiques ? Sur l’évolution de la psychothérapie ? Quelles questions éthiques cela soulève ? A partir de vos expériences et de celles de nos deux intervenantes, la FF2P vous propose une réflexion collective sur ce sujet. »

Plus de précisions sur le site de la FF2P : c’est ici !

 

 

Cinopsy’s 2018 : « Psychothérapie, croyances et spiritualité »

Comme chaque année depuis trois ans, la FF2P, Fédération Française de psychothérapie et psychanalyseorganise son festival de cinéma.

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L’événement aura lieu à Bordeaux, les 12, 13 et 14 octobre 2018. Cette année, le thème « Psychothérapie, croyances et spiritualité » réunira de nombreux intervenants.

Boris Cyrulnik, invité d’honneur de cette édition, ainsi que les marraines, Laure Adler et Véronique Jeannot, viendront partager leurs réflexions et expériences autour de la dimension spirituelle.

Pour découvrir le programme et voir les modalités pratiques, vous pouvez vous rendre sur le site dédié : Cinopsys.

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Colloque FF2P : Précarité psychique

Précarité psychique et son incidence

dans notre approche la personne en thérapie

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Précarité psychique : quelle est la part du psychopraticien ?

 La précarité a été pensée par le philosophe, le sociologue, le politique. Il s’agit lors de ce 33e colloque de la FF2P de donner toute sa place au praticien de la psychothérapie qui, par son approche de soignant, peut prendre part à l’étude de ses caractéristiques psychiques et psychothérapeutiques.

La précarité moderne s’inscrit dans un contexte inédit qui ne peut être confondu avec la vulnérabilité « normale », passible de chaque existence.

Elle se généralise et devient un problème de société ; il est clair que le professionnel de la psychothérapie fait partie des personnes ressources vers lesquelles se tourner pour mieux être à l’écoute et saisir les situations à chaque fois singulières et ainsi prendre soin.

Objectiver la précarité dans un contexte psychique n’exclut pas ses autres champs d’appartenance tels que le politique, le social et l’économique pour ne citer que les plus prégnants.

Dès lors, analyser la précarité dans ses représentations  et manifestations psychiques ne sous-entend  pas de mettre à distance ses autres dimensions et ne  déresponsabilise pas ses autres interférences  en affaiblissant leur impact, voire en les dédouanant.

Quelle est la part du psychopraticien face à une personne en situation de précarité ? L’analyse identitaire lui permettra certes de changer ce qui peut l’être tout en acceptant l’extériorité de sa situation. La particularité du psychopraticien est qu’il ne désocialise ni ne dépolitise le regard porté sur les processus de précarisation ; l’histoire personnelle n’est pas réductible à son champ psychique.

Pour autant, peut-on en tirer une règle générale ? Le psychopraticien n’est pas dissociatif quel que soit le contexte dans lequel il intervient. Contrairement aux autres approches médicales, économiques et sociales, la relation singulière telle qu’elle peut être vécue en psychothérapie est la seule à tenir compte de « l’être », de son  identité et de sa singularité.

La situation d’urgence associée à cette précarité exige des expertises et notamment une expertise psychologique ; la nécessité de connaître la réalité psychique caractéristique de la précarité est un préalable à toute prise de décision et donc à toute action quel que soit son domaine d’intervention politique, social ou économique.

Ces 2 jours de colloque nous aideront à mieux saisir ce qu’est la précarité psychique tout en la replaçant dans son contexte actuel : est-elle une simple crise de l’existence individuelle ou s’amplifie-t-elle aujourd’hui pour devenir un problème de société ? Tous les intervenants choisis nous apporteront leur expertise dans des domaines volontairement diversifiés, en privilégiant la description d’exemples concrets.

Nous ne sommes  pas seulement invités à un travail d’écoute des conférences, mais également à une participation active par vos questions à l’issue des conférences et lors des tables rondes. Cette année nous avons invité une compagnie de théâtre forum ainsi que des peintres des rues qui nous feront saisir la précarité dans des situations existentielles concrètes.

Informations pratiques pour ce colloque sur le site de la FF2P : Précarité psychique

Cerveau et psychothérapie

Article écrit par Joris Vanlerberghe pour Prévention Santé

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« Prenons pour exemple la psychanalyse. La psychanalyse est une méthode d’investigation de l’esprit mise au point par Freud dans les années 1900 – 1940. L’absence d’outils permettant de visualiser le fonctionnement cérébral était alors un frein concernant les possibilités de compréhension du cerveau. Ceci n’a heureusement pas arrêté Freud, très désireux d’apprendre et de comprendre le fonctionnement psychique humain. Il propose alors des théories qui vont bouleverser la psychologie d’aujourd’hui, et notamment la psychologie clinique.

La psychanalyse, une psychothérapie

Adepte du divan, du retrait et du libre parler de l’inconscient, il fut l’un des premiers à mettre le patient en souffrance psychique au centre d’une nouvelle technique qu’il appellera alors la psychanalyse.

Moi, ça, surmoi, pulsion de mort, complexe d’œdipe, sexualité infantile, pulsions sexuelles… Tant de mots aujourd’hui acquis dans le vocabulaire des « psys ». Pourtant souvent décriée, la psychanalyse ne permettant pas d’être étudiée de façon scientifique, elle apparaît pour certain comme inutile, dangereuse, voir dogmatique. En réalité, nous savons aujourd’hui que la psychanalyse aide certaines personnes à aller mieux. Jusqu’aux années 2000, nous ne savions pas réellement comment la psychothérapie pouvait aider un patient à aller mieux.

C’est à l’aide d’une conférence d’un grand psychanalyste, neuropsychiatre, éthologue que  je vais appuyer mon article : Le Dr. Boris Cyrulnik.

Le cerveau dans la douleur

Lorsqu’une personne se retrouve en situation d’isolement sensorielle (décès d’un proche, malheureux, dépressif, etc.) on peut voir que les fibres préfrontales ne sont plus stimulées. L’arborisation préfrontale s’arrête donnant l’impression qu’il y a une atrophie, qui, en fait, n’en est pas vraiment une. Effectivement, la réorganisation du milieu (sensoriel) permet aux fibres préfrontales de se redresser et donc cette « fausse-atrophie» disparaît.

Une des choses les plus importantes à comprendre ici, c’est que la forme du cerveau dépend de la structure du contexte. C’est là que la psychothérapie prend forme. En d’autres termes, le fonctionnement du cerveau dépend de l’environnement. Par exemple, une personne parfaitement saine perd son conjoint, alors les fibres préfrontales s’affaisseront.

Le cerveau et la psychothérapie

On va aller plus loin dans l’explication neuro-scientifique et comprendre les conséquences de fibres préfrontales « atrophiées ». Je vais parler un instant de l’amygdale. L’amygdale est le socle neurologique des émotions. Elle fait partie du système limbique qui est impliqué dans la reconnaissance et l’évaluation de la valence émotionnelle des stimuli sensoriels, dans l’apprentissage associatif et dans les réponses comportementales et végétatives associées en particulier dans la peur et l’anxiété.

C’est-à-dire que les fibres préfrontales saines vont venir inhiber en quelque sorte les informations sensibles. Non pas dans le sens de donner moins d’informations, mais plutôt amortir leur valence émotionnelle. Le problème serait plutôt pour une personne chez qui ces fibres préfrontales seraient en quelque sorte « atrophiées ».

En effet, vous l’aurez compris, elles ne pourront plus « amortir » le choc émotionnel et donc la moindre information devient pour l’amygdale une alerte intense. Ce qui veut dire que pour une personne ayant ce type de cerveau, le moindre événement est un trauma.

Alors que pour une personne ayant les fibres préfrontales saines, la même information sera par exemple une invitation au jeu, à l’exploration. Ce qui va détruire l’un, va être une information futile pour l’autre.

L’expérience de Mario de Beauregard :

Participant à l’expérience : 30 – 50 personnes / Formation de 3 groupes

1 – Dépression profonde avec psychothérapie, avec IRM 2 – Dépression profonde sans psychothérapie, avec IRM 3 – Parfaite santé, avec IRM.

Groupe 1 : Dépression profonde : IRM + psychothérapie et au bout de quelques mois : Contrôle avec IRM

Le travail de psychothérapie était le suivant : remémoration, imagination, représentation. Résultats : on voit qu’après 3 mois leur cerveau ne fonctionne plus de la même manière. Il y a la partie dorsale du lobe frontal s’est regonflé et consomme de l’énergie.

La partie antérieure de l’Aire Singulaire Antérieure se remet à fonctionner alors que lorsqu’il était déprimé la partie frontale était éteinte et c’était la partie postérieure de l’Aire Singulaire qui consommait de l’énergie. Ce qui veut dire que le cerveau a pris l’habitude de fonctionner différemment sous le simple effet de la psychothérapie.

C’est-à-dire que le milieu agit sur notre fonctionnement cérébrale, mais qu’à l’inverse, on peut agir sur le milieu pour qu’il agisse de manière différente sur notre fonctionnement cérébral ainsi, on ne voit plus le monde de la même manière.

Groupe 2 : Dépression profonde, mais refus de la psychothérapie, contrôle quelques mois plus tard

Le fonctionnement du cerveau n’a pas changé.

Groupe 3 : Parfaite santé : contrôle en même temps que les deux autres groupes, puis quelques mois plus tard, le fonctionnement du cerveau n’a pas changé.

Mario de Beauregard, auteur de cette expérience, a fait plusieurs cohortes, et quelle que soit la méthode psychothérapique les résultats sont les mêmes : qu’il s’agisse de la psychanalyse, de thérapie comportementale, etc. L’intérêt de la psychothérapie, c’est de faire l’effort de remémoration, de parole, d’anticipation, d’imagination.

Lorsque l’on raconte sa vie à un psychologue, on fait un effort d’imagination, d’anticipation, de traitement des images, de parole, de réflexion. C’est cet ensemble d’actions qui va venir structurer le cerveau, le modifier. »

Références :

Plus d’informations sur la neuroplasticité et la dépression : http://www.neuroplasticite.com/mecanismes-neuroplasticite/depression/

Plus d’informations sur la neuro-imagerie : http://www.soutien-psy-en-ligne.fr/blog/neurosciences-therapie/

La conférence de Boris Cyrulnik : Cerveau et psychothérapie

Vouloir et action – Irvin Yalom

« Savoir et ne pas agir équivaut à ne pas savoir du tout. »

« En soi, la conscience de la responsabilité ne va pas de pair avec le changement; elle constitue simplement la première étape du processus de changement. (…) un patient qui prend conscience de sa responsabilité pénètre dans le vestibule du changement. (…)

Pour changer, le sujet doit d’abord assumer cette responsabilité et s’engager à une forme d’action. Le mot lui-même exprime cette capacité : la responsabilité en soi se définit comme l’aptitude à répondre.

La psychothérapie vise le changement, changement thérapeutique qui doit s’exprimer par des actions, non pas du savoir, de l’intention ou du rêve. »

« Thérapie existentielle », de Irvin Yalom, ouvrage paru en 2008 chez Galaade Éditions.

Méditation et thérapie – Christophe Fauré

Ne plus résister, cesser de lutter contre ce que l’on ne peut changer, s’abandonner à ce qui est…
C’est parfois au coeur des tempêtes que l’on peut faire l’expérience directe de soi, de quelque chose de plus grand, au-delà des constructions que nous avons de nous-mêmes, ce « qui je suis » social, familial, professionnel.


Un regard profond, magnifiquement humain et spirituel, qui invite à penser autrement les expériences douloureuses.

Je vous invite à visionner ce partage passionnant du Dr Christophe Fauré, psychiatre et psychothérapeute, spécialisé dans l’accompagnement des ruptures de vie  : Méditation et thérapie.

Auteur de nombreux ouvrages, il est ici invité par l’École occidentale de méditation.

Comment survivre au trauma ?

Il est des chocs qui font effraction dans notre ciel et viennent figer la vie en nous d’un seul coup…

Témoins ou victimes d’agression, d’accident, d’attentat, de violences sexuelles, de catastrophes, etc.
De nombreuses blessures, certaines plus silencieuses que d’autres, peuvent empêcher le déploiement de notre plein potentiel, nous faire perdre joie de vivre et confiance en nous.
Tout choc émotionnel qui ne parvient pas à trouver sens aura des répercussions importantes, quelquefois même invalidantes, pour ceux qui y sont confrontés.
Impacts majeurs, parfois des années après, sur la santé, la vie émotionnelle, psychique et relationnelle, entravant la capacité à fonctionner normalement dans le quotidien…

Poser les mots, s’approcher doucement de ce qui tétanise tout élan de vie et apprivoiser la terreur au contact d’un autre, bienveillant et accueillant.

Une main qui nous aide à nous relever, à oser regarder, marcher un peu, entendre les maux en mots et leur résonance…

Parler et être entendu aide à se reconstruire et à remettre la vie en mouvement.


Témoignage  fort, celui de Jean-Paul Mari, à voir ici : « Comment survivre au trauma ? »
« La seule façon de soigner ce trauma, c’est d’en parler, cette rencontre avec la mort, qui vous glace, qui vous sidère, qui vous tue, c’est d’arriver à en parler.
La seule façon de nous en sortir, c’est de mettre des mots et de l’humain.
Il faut regarder la mort en face et si on arrive à faire ça, peu à peu, avec un travail de paroles, on arrive à récupérer notre part d’humanité. Le silence nous tue… »

Jean-Paul Mari est journaliste grand-reporter, psychologue et kinésithérapeute, il a publié des centaines de reportages à l’étranger et plusieurs ouvrages. Il a réalisé un documentaire « Irak, quand les soldats meurent » et un film « Sans blessures apparentes » tiré de son livre du même nom.Créateur et l’animateur du site «grands-reporters.com », il a également publié un roman, « La tentation d’Antoine ».

Les mille facettes de la Gestalt-thérapie

« Les mille facettes de la Gestalt-thérapie –
Entretien avec Chantal Masquelier-Savatier                          et Sylvie Schoch de Neuforn »

– Propos recueillis par Jean-François Marmion –

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Interactions avec l’environnement, importance du corps, réalisation de soi… Trois quarts de siècle après sa naissance, cette thérapie se soucie enfin de faire scientifiquement ses preuves. Alors même qu’elle ne cesse de se diversifier.

En quoi la Gestalt-thérapie a-t-elle apporté quelque chose de nouveau dans les années 1950 ?

Chantal Masquelier-Savatier : Il importe de ne pas assimiler la Gestalt-thérapie à son seul créateur historique car elle est le fruit d’un collectif. Le contexte de son époque a poussé Fritz Perls, psychanalyste berlinois, à émigrer en Afrique du Sud avec sa femme Laura, puis aux États-Unis. Ils ont posé une première pierre en écrivant Le Moi, la faim et l’agressivité, qui valorisait le contact avec l’environnement comme un moteur pour transformer les choses et donner une responsabilité à l’individu, plutôt que de subir. En réaction à la psychanalyse, ils mettaient ainsi l’accent non pas sur le passé mais sur l’ici et maintenant, vers le futur. C’était un véritable changement de paradigme. Ils ont initié un mouvement qui s’est rapidement diversifié. Ce regroupement, postérieurement appelé Groupe des Sept, était constitué de psychiatres, philosophes et hommes de lettres, le plus influent étant Paul Goodman. Les influences se situaient aussi bien du côté du zen et du tao (insistant sur l’acceptation de l’expérience, ce qu’on ressent actuellement plutôt que ce qui nous a déterminés autrefois, et une ouverture aux possibles), que du pragmatisme (avec le souci de l’expérience de chacun dans une situation donnée, pour mieux s’affranchir de certaines pressions environnementales). Avec cet élargissement à une équipe, le modèle de Perls, quelque peu individualiste, a évolué vers une perspective de champ : le projecteur n’était plus seulement mis sur un individu responsable devant changer son environnement, mais sur les interactions entre organisme et environnement. La situation est une co-création dans laquelle le sujet influe sur son entourage autant que l’inverse. Si la Gestalt-thérapie a rapidement rejoint le courant des psychologies humanistes, qui s’intéressaient au potentiel humain, elle a donc fini par s’en démarquer, pour ne pas mettre l’accent uniquement sur l’individu mais plus largement sur l’ajustement créateur avec l’environnement.

Sylvie Schoch de Neuforn : Gestalt-thérapie : nouveauté, excitation et développement, le livre de Perls et Goodman publié en 1951, contenait des idées confirmées depuis par la théorie de la complexité, la théorie des champs, et même les neurosciences. On s’est rendu compte que nous ne nous inscrivons pas dans des systèmes linéaires, comme la psychanalyse insistant sur les faux pas de l’enfant ou des parents, mais que tout est inter-dépendant. Par exemple, l’épigénétique confirme l’influence de l’environnement dans l’expression des gènes.

Pour quel type de trouble la Gestalt-thérapie vous paraît-elle la plus indiquée ?

C.M.-S. : Il n’y a pas de contre-indication. La thérapie est un apprentissage progressif de la nouveauté, d’une autre manière de fonctionner. Il s’agit d’aider la personne à s’ajuster continuellement à un environnement changeant. Le thérapeute est attentif à ce qui se passe à l’instant présent chez la personne, en valorisant sa manière de faire. C’est la théorie paradoxale du changement : c’est en acceptant ce qui se passe que quelque chose de nouveau va pouvoir émerger.

En gros, le thérapeute désamorce l’angoisse ressentie par le patient face au changement, ce qui fait disparaître les symptômes et autorise le changement ?

S.S.N. : Oui, l’angoisse est paralysante et est liée à un excès d’excitation qui, elle, est nécessaire pour aller vers le changement. Baisser le niveau d’excitation et d’activation physiologique, par un accompagnement pas à pas, soulage et permet au patient de se mettre en mouvement. Au-delà de l’angoisse, le problème est l’immobilisation face à une situation réelle ou fantasmée qui paraît sans issue.

C.M.-S. : Nous n’avons pas la visée d’éradiquer les symptômes, même si les patients arrivent avec cette motivation. S’ils ont des troubles obsessionnels, par exemple, il est intéressant d’accepter que, pour l’instant, c’est comme ça. Lorsqu’on fait un pas de côté par rapport à cette demande initiale, le problème s’apaise après quelques mois et quelque chose d’autre s’annonce, une possibilité d’être autrement dans ce monde-là.

Existe-t-il un déroulement type de la Gestalt-thérapie ?

S.S.N. : Non, il n’y a pas de protocole, le cheminement est imprévisible. Pour pratiquer aussi l’EMDR, thérapie très standardisée, je m’aperçois que si je l’introduis avec les patients qui me consultent depuis longtemps, ils préfèrent souvent revenir à la relation et à un dialogue non structuré. Notre pratique consiste vraiment à être là avec ce qui émerge. Nous nous adaptons à la situation, c’est du sur-mesure. J’aime beaucoup raconter ce très joli exemple. C’était dans les années 1990, avant les nouveaux types de traitement du trauma comme l’EMDR. Une femme consultait depuis deux ou trois ans pour des problèmes relationnels et des troubles anxieux. Un jour, elle me raconte ce qui s’était passé pendant la guerre : elle s’était retrouvée sous les bombardements avec sa mère, obligée de s’occuper de sa survie et pas de ses besoins émotionnels. Lorsqu’elle évoque cet épisode, je crois voir sous mes yeux la petite fille de l’époque. Je lui demande si je peux lui prendre la main. Je lui dis : « Vous savez, la guerre est terminée. Nous sommes en 1998. Et c’est fini, maintenant. » Ce simple geste l’a considérablement soulagée, c’était extraordinaire. La fois d’après, elle est arrivée avec une rose blanche, comme si elle portait le drapeau blanc. Quelque chose était resté jusqu’alors en l’état : dans son organisme, elle se trouvait toujours sous la menace des bombes. Elle n’était pourtant pas venue consulter pour cela. Mais notre relation de confiance et de liberté avait donné cette tournure imprévue à la thérapie.

C.M.-S. : Dans la première phase de la thérapie, nous accueillons ce qui se passe, quel qu’il soit. Les jeunes thérapeutes sont parfois déroutés parce que durant les premières séances, les patients déversent ce qu’ils ont sur le cœur. Mais ils en ont besoin ! Il faut attendre que l’alliance thérapeutique soit bien établie pour que le thérapeute puisse davantage intervenir et confronter. Je fais beaucoup de supervisions, et nous travaillons beaucoup sur l’accueil de la demande parce qu’il ne faut pas se laisser piéger par celle-ci telle qu’elle est formulée, il ne faut pas se croire obligé de résoudre ce problème-là, en prenant au pied de la lettre les soucis du patient. Par exemple, devant l’insistance des couples, certains thérapeutes tendent à la toute-puissance en se donnant comme mission la réussite de la procréation assistée !

Globalement, combien de temps faut-il pour parvenir au terme d’une Gestalt-thérapie ?

S.S.N. : Quand les patients nous le demandent, on ne leur répond pas ! On ne peut anticiper l’évolution. Ça peut durer quelques mois, ou trois ans, ou plus, suivant la profondeur du travail que le sujet est prêt à accomplir.

C.M.-S. : Encore une fois, le patient a pu oublier sa demande préalable pour suivre un chemin d’exploration. Il n’est plus là pour la même chose, l’objectif évolue. C’est ce qui est passionnant, pour lui comme pour nous.

Puisque vous prenez en compte l’émotion, menez-vous un travail spécifique sur le corps ?

S.S.N. : Absolument, nous invitons les personnes à prendre conscience de ce qu’elles éprouvent corporellement : « Alors que vous parlez de ce problème, essayez de voir tout ce qui se passe, vos images, vos sensations, vos émotions… » On apprend dès le départ aux gens à faire attention à leur ressenti, à conscientiser ce qui se passe dans leur corps, pour mieux comprendre leurs problématiques. Régulièrement, on invite le patient à revenir à son corps, être attentif à sa respiration : cela l’empêche de ruminer. Les gens sont d’ailleurs très en demande pour revenir à cette dimension corporelle. C’est déjà un bénéfice pour eux. Et cela ouvre à tout un travail d’association entre des gestes, des pensées, des sensations, et donc de conscientisation.

C.M.-S. : « Quand vous dites ça, qu’est-ce qui se passe dans votre corps ? ». Il est intéressant aussi de se pencher sur ce que ressent dans son corps le thérapeute à l’écoute du patient. Le praticien peut livrer ou non ce qui se passe pour lui physiquement : ainsi, nommer une sensation inconfortable peut permettre au patient de s’approprier quelque chose de cet inconfort et de l’exprimer à sa manière. On peut donc partager cet inconfort commun avant de différencier la part de chacun dans ce qui se produit. Le patient est ainsi accompagné dans cette sensation, plutôt que rester dans la culpabilité ou la honte d’être le seul à l’éprouver.

C’est une forme de dimension corporelle du transfert et du contre-transfert ?

C.M.-S. : On peut dire cela comme ça. Ce que les psychanalystes nomment transfert et contre-transfert, on pourrait l’appeler intersubjectivité ou inter-corporalité. On ne peut pas dire à son patient : « C’est votre problème. » C’est à nous deux que cela arrive, en réalité.

Quelles sont les autres techniques de la Gestalt-thérapie ?

C.M.-S. : La technique la plus typique imaginée par Fritz Perls est celle de la chaise vide, où l’on demande au patient d’imaginer en face de lui la personne à laquelle il souhaite s’adresser. L’objectif est de libérer tous les affects émotionnels relatifs à cette relation. Cela peut s’effectuer en individuel ou en groupe : d’autres participants pourront alors, par exemple, incarner les membres de la famille du patient. Le groupe reste d’ailleurs un espace privilégié de la Gestalt-thérapie. À l’époque de Perls, les gens avaient besoin de décharges émotionnelles pour se libérer des pressions familiales. En cela, Perls a été très influencé par Reich, un de ses thérapeutes. Aujourd’hui, beaucoup recherchent plutôt à freiner l’expression émotionnelle pour se montrer plus attentifs aux sensations.

S.S.N. : Nous sommes moins dans l’amplification, car on s’est aperçu qu’une décharge émotionnelle n’est pas forcément thérapeutique !

En l’absence de protocole, la Gestalt-thérapie peut-elle se prêter à l’évaluation scientifique ?

S.S.N. : C’est dans l’air ! Des groupes de recherches en France, en Europe et aux États-Unis, travaillent à la construction de protocoles spécifiques d’évaluation à partir de la clinique.

C.M-.S. : Nous allons d’ailleurs organiser un colloque à l’Ascension 2016, avec des chercheurs internationaux en psychothérapie. Mais il s’agit plutôt de validation que d’évaluation quantitative, à base de questionnaires du patient avant, pendant et après la thérapie. En France, de telles recherches propres à la Gestalt-thérapie ne se pratiquent pas dans les laboratoires universitaires, où nous sommes marginalisés. Il existe un grand décalage entre l’accueil fait sur le terrain, où les Gestalt-thérapeutes croulent sous les demandes, et la reconnaissance universitaire et médiatique. Alors que dans les pays anglo-saxons ou d’Amérique latine, la Gestalt-thérapie est enseignée à l’université !

Comment expliquer cette situation en France ?

C.M.-S. : Du fait de la prégnance de la psychanalyse, et maintenant des TCCs. Or, notre position est moins dogmatique. Notre posture est dialogale, intermédiaire entre la neutralité de l’analyste et le directivisme des thérapies comportementales. Nous sommes aussi desservis par notre héritage, révolutionnaire, libertaire. D’où cette volonté actuelle de faire davantage nos preuves du point de vue scientifique.

La Gestalt-thérapie intéresse-t-elle la nouvelle génération ?

C.M.-S. : Dans nos instituts, nous accueillons beaucoup de personnes qui viennent se former dans une optique de reconversion professionnelle. Elles ont souvent déjà travaillé dans l’enseignement et l’éducation, voire en entreprise, et ont besoin de changement dans leur vie pour retrouver certaines valeurs humaines.

S.S.N. : Nous formons une centaine de praticiens par an, même si tous ne s’installeront pas. Quand la Gestalt-thérapie s’est installée en Russie dans les années 1990, le terrain était assez vierge. Tout au plus y avait-il quelques psychanalystes. Elle marche très bien là-bas, de même qu’au Mexique où elle s’est imposée comme la thérapie principale.

En quoi la Gestalt-thérapie se transforme-t-elle avec l’arrivée de cette nouvelle génération de thérapeutes ?

S.S.N. : Elle se nourrit de ce qui se passe dans la société, et qui nous oblige à repenser notre pratique. Par exemple, les problématiques borderline et narcissique sont beaucoup plus répandues. De quoi ont besoin les personnes concernées ? D’ancrage, et de ne pas se sentir séparées des autres. Nous devons aussi nous adapter aux pathologies actuelles, comme la souffrance au travail.

Justement, comment évoluent les demandes de prise en charge depuis quelques années ? Les patients consultent-ils pour de nouvelles raisons ?

C.M.-S. : Nous sommes confrontées à beaucoup de problèmes de solitude, et de difficultés à entrer en relation, tellement la fascination des écrans est devenue prédominante. Mais aussi à des traumas toujours plus nombreux, à une insécurité permanente. Les pressions environnementales sont de plus en plus fortes : on doit réussir sa vie, être performant, ce qui crée un sentiment d’insuffisance. Les gens sont moins en colère contre papa ou maman, mais ils sont « pressurisés » : « Si je rate, c’est de ma faute ». Ils ont besoin de sortir de l’individualisme, avec de la convivialité et de la complexité. Être ensemble, et ne plus se concentrer sur le chacun pour soi. Ces personnes veulent trouver des repères. La thérapie en face-à-face leur permet de s’inscrire dans une relation, et dans leur corps.

S.S.N. : La dimension de l’attention est très importante aussi : l’attention à soi, à l’ici et maintenant. Ce qui est primordial à l’heure où nous sommes sans cesse bombardés par des images et les sollicitations d’Internet. Les gens ont besoin de ralentissement et de concentration, qui sont vécus comme un enrichissement. En consultation, ils peuvent enfin retrouver des choses essentielles. Ce qui nous donne à nous aussi, thérapeutes, l’occasion de nous poser !

C.M.-S. : Les enfants qualifiés d’hyperactifs éprouvent ce besoin, eux aussi. Leur instabilité motrice et leur dispersion résultent souvent des pressions environnementales. Si on ne s’occupe que de l’enfant, sans prendre en compte l’environnement social et familial, on passe à côté de quelque chose. En ce sens, nous sommes proches de la thérapie familiale systémique.

S.S.N. : La Gestalt-thérapie a toujours intégré diverses approches comme la psychanalyse, la phénoménologie, et aujourd’hui les neurosciences. Mais il ne s’agit pas d’une thérapie intégrative en soi. Nous restons Gestalt-thérapeutes avant tout, même si nous acceptons d’enrichir nos modèles. •

>> Pour en savoir plus :
Société Française de Gestalt (SFG) : http://www.sfg-gestalt.com
Collège Européen de Gestalt-thérapie (CEGt) : http://www.cegt.org
Les 26-27-28 mai 2017 se tient au FIAP à Paris une conférence internationale sur la recherche en Gestalt-thérapie (www.gestalt-research.com).



Chantal Masquelier-Savatier

Psychologue clinicienne, Gestalt-thérapeute agréée par la SFG, elle a notamment coordonné Le Grand Livre de la Gestalt (Eyrolles, 2012) et rédigé Comprendre et pratiquer la Gestalt-thérapie (Dunod, nouvelle édition 2015) et La Gestalt-thérapie (Que sais-je ? PUF, 2015).

Sylvie Schoch de Neuforn

Psychologue clinicienne et Gestalt-thérapeute, elle a écrit Un Dialogue thérapeutique (L’Exprimerie, 2000) et contribué au Grand Livre de la Gestalt.

Article consultable à l’adresse suivante : Cercle Psy

La bienveillance

Extraits de la lettre du mois de novembre de Fabrice Midal*.

16-11b-02

« L’amour d’un être humain pour un autre, c’est peut-être l’épreuve la plus difficile pour chacun de nous, c’est le plus haut témoignage de nous-même ; l’œuvre suprême dont toutes les autres ne sont que les préparations. »
– Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète –

« Un thérapeute ne cherchera pas à être bienveillant avec son patient mais à l’aider pour de bon. Le médecin, l’enseignant, ne cherchent pas à aimer leur patient ou leur élève, mais à accomplir leur tâche. (…) c’est parce que le thérapeute ne cherche pas à être bienveillant qu’il est juste, et donc bienveillant. Le thérapeute sympathique, mais qui n’est pas dans un vrai travail, ne peut évidemment pas vous aider réellement.
Aussi, je crois à l’inverse qu’il faut dire : aucun thérapeute, médecin ou enseignant ne peut faire ce qu’il accompli jour après jour sans aimer ce qu’il fait, sans aimer les personnes avec qui il est en relation… »

Fabrice Midal* est écrivain, philosophe et fondateur de l’Ecole occidentale de médiation)

Dans sa réflexion de novembre, Fabrice Midal questionne la notion de bienveillance et notamment, la difficulté à faire preuve de bienveillance envers soi-même.
Cette lettre a résonné avec force pour moi, en écho aux personnes que j’accompagne, bien sûr, mais aussi en écho au long chemin que j’ai dû emprunter moi-même pour m’aimer mieux et accueillir de la même manière les parts de moi que je jugeais intolérables et celles que je jugeais convenables, bien plus faciles, elles, à mettre en lumière !

Vilains défauts, satanées faiblesses, maudites imperfections, odieux blocages, jours gris et autres fourberies… ces ennemis désignés ne sont en réalité que des repères venant éclairer des blessures encore bien vivantes – même si elles sont anciennes – réactivées par un événement du présent. Des caches-douleurs qui nous évitent habilement de ressentir ce qui fait mal. En réalité, on ne peut faire l’impasse de ressentir ce qui fait souffrir pour le transformer, la rencontre doit se faire, coûte que coûte. Oui, il faut regarder le soleil en face.

Soyons fiers de nos ombres ! Pour accomplir leur mission et si bien protéger ce qu’il y a de plus précieux et de plus fragile en nous, elles méritent vraiment respect et admiration. Et quand un repère s’allume, s’ouvre alors une magnifique occasion de croissance, à qui s’en donne les moyens.

Une chose est sûre, il n’y a jamais d’arrivée définitive sur la route de nos vies, seulement des points d’étape qui permettent de se reposer et de respirer un peu. C’est aussi la richesse et la magie de la vie : ne jamais cesser d’avancer et d’évoluer.

Travailler sur soi est exigeant et difficile, parfois bousculant. Pour s’y engager, il faut du courage, de l’honnêteté et de la persévérance. Le changement ne peut être qu’à ce prix.
Pour qu’ait lieu une véritable transformation, il nous faut user de patience et de bienveillance, ces mêmes qualités que nous aurions envers un tout petit enfant qui apprend à marcher…

Je dis souvent aux cheminants en thérapie qui osent cette aventure audacieuse, que chacun fait toujours du mieux qu’il peut, avec sa conscience du moment. La dureté et l’intransigeance avec lesquelles nous condamnons ce tout petit qui vit en nous et qui ne sait pas encore faire – et ce, peu importe l’âge réel que nous avons – a des effets dévastateurs sur l’image que l’on a de soi. Imaginez-vous face à un enfant faisant ses premiers pas et qui cherche son équilibre… que lui diriez-vous ? qu’il est nul de ne pas y arriver ? que c’est le dernier des idiots et qu’il n’a aucune chance de faire mieux ? Et que feriez-vous ? Iriez-vous jusqu’à le bousculer, le critiquer, crier à son incompétence et le laisser au sol, accablé et honteux ?

Je vous entends déjà dire : « Mais non, jamais, je ne ferai ça ! » Et c’est pourtant ce que vous faites avec vous-même dès que vous vous jugez, que vous vous accablez de n’être décidément pas assez bon, pas assez beau, trop lent, trop gros, tellement nul, pas encore au bon endroit, ni à la bonne hauteur, ni ceci, ni cela, jamais assez bien… des petites doses de venin qui vous empoisonnent tout au long de la journée et vous privent d’exprimer ce que vous êtes, ce que vous avez de singulier.

Etre bienveillant envers soi-même est un apprentissage, comme marcher, nager ou écrire. Un coeur blessé empêche notre bienveillance naturelle de s’épanouir. Nos blessures sont alors aux commandes et s’expriment avec force, contre soi et contre les autres, camouflées en violences, petites ou grandes, amertume, manipulations affectives ou autres formes, exigeant la douceur, l’écoute ou le réconfort dont elles ont tant manqué. Blessures qui, tant qu’elles n’auront pas eu de réponses, existeront malgré nous et viendront filtrer nos façons de penser et d’étiqueter le monde, colorer nos comportements et réactions. Tout n’est que blessure d’amour et nous faisons ensuite alliance avec nos petits arrangements intérieurs…

Chacun de nous abrite en lui un petit qui doute et qui a besoin de nos encouragements.

Nourrissons pour nous-mêmes un regard tendre et bienveillant. Abusons d’indulgence, de rires, de compassion, de légèreté. Soutenons l’enfant dans sa marche hésitante, d’une main ferme et assurée, mais pleine de douceur et d’amour.

Fêtez-vous, vous le méritez ! Félicitez-vous pour chaque pas franchi, chaque victoire sur vous-même. Soyez fier d’être unique, fier du voyage parcouru, de tant d’épreuves déjà traversées. Respirez en conscience, un instant. Quelle chance… vous êtes vivant !

Par ce billet, je tiens à remercier toutes les personnes que j’accompagne. Qu’elles sachent combien je suis touchée par leur courage, honorée et profondément reconnaissante de recevoir chaque jour le cadeau de leur confiance.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de la lettre de Fabrice Midal en cliquant sur le lien : Et si vous découvriez le souffle de la bienveillance ?