Présentation vidéo de la gestalt-thérapie

Gianni Francesetti est psychiatre, gestalt-thérapeute et président de l’EAGT (European Association for Gestalt Therapy).
Il exerce en Italie et a dirigé la mise en œuvre de l’ouvrage collectif « Psychopathologie en Gestalt-thérapie », paru en octobre 2013 aux Éditions de l’exprimerie.

Margherita Spagnuolo-Lobb est psychologue et gestalt-thérapeute. Elle dirige, en Italie, l’Institut de Gestalt HCC.

Pietro-Andrea Cavaleri est psychologue et gestalt-thérapeute, également présent à l’Institut de Gestalt HCC.

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Gianni Francesetti
– « En Gestalt-thérapie, le diagnostic esthétique est la qualité de présence et d’absence qui se produit dans l’ici et maintenant. »

Margherita Spagnuolo-Lobb
– « Nous nous occupons de l’expérience actuelle du patient et du thérapeute. »
– « Le passé nous intéresse, mais dans sa façon de s’actualiser dans le présent. »

En cas d’amour – Les ruptures de vie

Quand soudain, l’autre quitte… que faire « en cas d’amour » ?

« L’homme qui prend place devant elle est comme mort. Le regard n’accroche rien, la peau est blême, les mains seules paraissent conserver un semblant de vie indépendante, elles vont et viennent dans l’air, se nouent et se dénouent, font un ballet de pleureuses tandis que le reste du corps est une pierre. On devrait davantage observer les minéraux, les cailloux, la lave pétrifiée, les fossiles, la roche – ils nous disent ce que nous sommes. C’est dans cette minéralité qu’on se retranche lorsque l’amour vous est retiré.

– Je n’ai plus de raison de vivre, dit-il, depuis qu’elle est partie. (…)

L’abandon est une zone franche où plus aucune règle n’a cours. Un lieu de désertion, un no man’s land, comme dans ces espaces à découvert sur les champs de bataille encore un instant épargnés où les armées se font face sans avancer encore, et que l’on pourrait croire que ce suspens va durer toujours, s’éterniser, s’étendre aux autres territoires, mais non, à un moment ou à un autre, la vie reprend et avec elle, la rage des combats meurtriers. L’abandon nous ramène à l’impuissance fondamentale de nos premières semaines de vie où, entièrement voué à l’autre – notre passion fondamentale au sens du « pâtir » tel que le conçoit Spinoza – nous espérons de lui, d’elle, une caresse, une parole, un geste, un signe au moins qui nous raccroche à la vie, à l’amour, au désir. Sans quoi, nous errons dans ces limbes cauchemardesques où vivre n’équivaut à rien d’autre que survivre, mais pour qui ? où le relais que prend le corps pour tenir bon n’a qu’un temps et ne suffira pas. Personne ne s’aventure dans ces contrées et ne les revisite sans y être obligé.

Que vaut une présence d’analyste contre cette violence de l’abandon ? De quoi peut-elle, à cet instant, vous protéger, vous préserver ? Puisque le mal est fait, que vous êtes retourné de par son départ à elle dans ce lent cauchemar qui semble ne jamais vouloir finir, d’autant plus incompréhensible à vos yeux que vous pensiez ne plus l’aimer… de quoi est fait l’amour alors, de quel ravaudage, de quelle fabrique mal tissée, rapiécée, tient-il sa consistance pour valoir si peu et résister pourtant ?

Ce qu’on met de soi dans l’autre est infiniment plus vaste que ce qu’on croit lui confier. Quelque fois c’est sa propre vie, d’autres fois c’est son âme, sa vocation, sa sauvagerie, sa misère, une dette ancestrale, c’est toujours exorbitant, une valeur passée en douce, clandestine, que l’on s’échange dès le premier regard. Pacte secret qui échappe au destinataire comme à celui qui l’envoie, chacun se chargeant de cacher le fardeau très loin en soi, à l’abri. »

  • Extrait de l’ouvrage intime et sensible d’Anne Dufourmantelle, récit et essai autour de l’amour et de ses ravages : « En cas d’amour –  Psychopathologie de la vie amoureuse ».
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Anne Dufourmantelle est philosophe et psychanalyste.

La honte

« La phénoménologie insiste sur le fait que ce que l’on appelle « phénomène » ne se limite que rarement à ce qui apparaît, à ce qui est vécu comme un donné. Il est la plupart du temps nécessaire de se livrer à un véritable travail d’explication, de dépli, afin de permettre au phénomène d’apparaître.

Ainsi en est-il de la honte : parfois consciente et éprouvée comme émotion, parfois confondue avec la culpabilité, parfois ressentie sous des formes atténuées comme la pudeur, l’embarras ou la timidité, souvent aussi non consciente, non identifiée, non formulée mais néanmoins essentielle, elle peut alors n’apparaître qu’au terme d’un travail de mise à jour dont la psychothérapie peut fournir l’occasion. Il importe donc de différencier la honte éprouvée, apparentée aux émotions, et la honte essentielle, ou existentielle, qui, comme l’angoisse existentielle, peut constituer un fond permanent, arrière-plan de nombre d’expériences conscientes.

La honte concerne la façon dont nous sommes et avons été accueillis, acceptés et reconnus par notre environnement significatif. Elle désigne un vécu d’indignité, de faiblesse, d’impuissance, d’inadéquation, de dépendance, de fragilité, d’incohérence sous le regard de l’autre : « Tel que je suis, je ne suis pas digne d’appartenir à la communauté des humains. » En cette formulation se trouve résumée la double dimension de l’expérience : une dimension identitaire et une dimension de lien et d’appartenance. La honte est déficit de reconnaissance et, par là même, rupture de lien. »

« Le changement social commence à deux – Études pour la psychothérapie », Jean-Marie Robine et « Psychopathologie en gestalt-thérapie », ouvrage collectif, sous la direction de Gianni Francesetti, Michela Gecele et Jan Roubal, deux ouvrages parus aux éditions l’exprimerie.

 

 

Décider : s’engager pour soi

Tout changement demande de s’engager.

Je ne peux pas espérer me sentir bien, en accord avec moi-même, si je ne mets pas en chemin pour cela.

Poser un acte concret, aussi minime soit-il, c’est déjà affirmer mon intention et commencer à me donner les moyens pour me rendre la vie plus belle.

Un pas après l’autre, c’est ainsi que l’on marche…

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Page Facebook d’Isabelle Padovani

Trois questions essentielles à inscrire sur ma carte routière :

  • Qu’est-ce qui est ?
  • Qu’est-ce que je veux ?
  • Qu’est-ce que je fais ?

Autrement dit, voici le balisage à suivre :

  • Regarder la réalité avec honnêteté.
  • Éclaircir mon besoin et/ou désir par rapport à ce que je vis : quel est le décalage entre ma situation présente et mon aspiration profonde ?
  • Me mettre en mouvement, oser poser une action concrète, le premier petit pas qui me permet d’avancer en direction de la satisfaction de mon besoin ou de la réalisation de mon désir.

Et emprunter enfin un chemin qui me ressemble !

 

Foutez-vous la paix !

1540-1« La vraie sagesse ne consiste pas à enfouir ses émotions, ni non plus à les exposer. Elle implique d’entrer en rapport avec elle, de les écouter, de reconnaître ce qu’elles disent pour déterminer le vrai du faux. (…)
Je ne connais pas de meilleur moyen pour se libérer d’un symptôme que de le prendre à pleines mains. D’aller au bout de sa phobie, de son anxiété, de leur faire face, même et surtout si elles nous font peur. Je suis en colère ? J’oublie l’injonction du lâcher-prise qui est en elle-même le contraire du lâcher-prise. Je ne lâche pas prise, je me fous la paix !
Je ne fais rien, je laisse être ce qui se passe sans le réprimer. Je ne juge pas ma colère, je ne la commente pas, je ne l’autorise pas, je ne l’interdis pas non plus : je prends le risque d’en faire l’épreuve.
Je la goûte même si elle me blesse. L’apaisement vient alors souvent, mais il n’est pas le calme que l’on veut nous imposer en étouffant artificiellement ce que nous sommes en train de vivre.
Tel est le fondement même de la méditation : elle n’est ni une tisane, ni une pilule magique, mais un travail réel avec la douleur, la confusion, les émotions. Elle nous enseigne à les observer telles qu’elles sont (…). A rencontrer tout ce qui nous empêche de nous foutre réellement la paix, à dire bonjour à ce qui est blessé en nous, à dire bonjour à la vie en soi. »

 

Expérience

« ‘Faire l’expérience de quelque chose’ : tomber sur quelque chose, et plus précisément : rencontrer quelque chose qui vient sur vous ; avoir à s’en accommoder comme de quelque chose qui vous atteint, qui vous ‘fait’ quelque chose, qui vous ‘affecte’ – bref : qui vous rencontre sans que vous y soyez pour quelque chose. »
Martin Heidegger, « Apports à la philosophie », p. 187,
d’après un partage de Fabrice Midal.

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Etre impacté par l’autre, par l’environnement et ses variables changeantes, et se transformer à chaque contact.
Ce « quelque chose » qui nous rencontre sans qu’on y soit pour quelque chose…
La vie qui se déploie et qui se vit à travers nous dans toutes ses formes… émotions, pensées et sentiments qui nous traversent…

Poétiquement gestaltiste.

Pensée publiée en 2014 sur l’ancien blog « Etre-au-Monde »
Paul Klee
Paul Klee, peintre admiré de Heidegger, « Polyphonie » (1932)  

De l’importance des langages du corps…

De l’importance d’écouter les langages du corps pour rejoindre l’autre dans sa vérité et ses profondeurs…

« En thérapie, il s’agira pour le praticien d’être attentif à la manière dont la relation l’éprouve et comment cet éprouvé lui donne à savoir quelque chose de la relation, voire comment cet éprouvé lui donne à savoir que là maintenant le patient vit – peut-être – quelque chose de semblable.
L’écoute offerte dans une posture gestaltiste passe bien sûr par l’ouïe, mais surtout par le regard et la sensation. (…)
C’est en quelque sorte résonner à l’expérience du patient. Etre en résonance dans l’ouvert de la rencontre et non pas en raisonnement. La manière dont nous sommes affectés dans notre chair est une donnée précieuse pour accéder à la réalité de l’autre. »

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Revue Gestalt, N°48-49 « Au bord de la rupture « 

« Prendre appui résolument sur l’éprouvé »
« Un texte de Marie Léon sur l’éprouvé du thérapeute : quelle est la place de cet éprouvé dans le processus thérapeutique, pourquoi s’y intéresser et s’en servir, comment le mettre au service de la personne accompagnée…
Voilà quelques unes des questions auxquelles Marie Léon s’essaie à répondre avec toute sa finesse et sa sensibilité clinique. » – Édito d’Anne Carpentier et Emmanuelle Gilloots.

Connaître l’essentiel…

 

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Image empruntée à la page Facebook Bouts d’zen, créée par Tydé

Prendre soin de soi au quotidien, c’est faire place à l’enfant que nous sommes toujours… C’est aujourd’hui que se trouvent nos croyances, nos faiblesses et notre force, et c’est dans le regard que nous posons sur nous-mêmes que tout se crée d’instant en instant.
L’amour de soi ne peut venir que de soi, le chercher à l’extérieur ne marche qu’un temps… et amène désillusions et souffrances.

Tout nous renvoie toujours à accueillir ce que nous sommes de plus précieux et à déployer l’amour pour nous-mêmes. C’est sur ce chemin que la vie ne cesse de vouloir nous ramener. On ne peut rien acquérir, on ne peut rien tenir, car la vie est mouvements, mais on peut décider chaque jour de regarder la vie comme une alliée sage et intelligente qui prend soin de nous.

Alors, tout peut être cadeau au coeur du Vivant.

La bienveillance

Extraits de la lettre du mois de novembre de Fabrice Midal*.

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« L’amour d’un être humain pour un autre, c’est peut-être l’épreuve la plus difficile pour chacun de nous, c’est le plus haut témoignage de nous-même ; l’œuvre suprême dont toutes les autres ne sont que les préparations. »
– Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète –

« Un thérapeute ne cherchera pas à être bienveillant avec son patient mais à l’aider pour de bon. Le médecin, l’enseignant, ne cherchent pas à aimer leur patient ou leur élève, mais à accomplir leur tâche. (…) c’est parce que le thérapeute ne cherche pas à être bienveillant qu’il est juste, et donc bienveillant. Le thérapeute sympathique, mais qui n’est pas dans un vrai travail, ne peut évidemment pas vous aider réellement.
Aussi, je crois à l’inverse qu’il faut dire : aucun thérapeute, médecin ou enseignant ne peut faire ce qu’il accompli jour après jour sans aimer ce qu’il fait, sans aimer les personnes avec qui il est en relation… »

Fabrice Midal* est écrivain, philosophe et fondateur de l’Ecole occidentale de médiation)

Dans sa réflexion de novembre, Fabrice Midal questionne la notion de bienveillance et notamment, la difficulté à faire preuve de bienveillance envers soi-même.
Cette lettre a résonné avec force pour moi, en écho aux personnes que j’accompagne, bien sûr, mais aussi en écho au long chemin que j’ai dû emprunter moi-même pour m’aimer mieux et accueillir de la même manière les parts de moi que je jugeais intolérables et celles que je jugeais convenables, bien plus faciles, elles, à mettre en lumière !

Vilains défauts, satanées faiblesses, maudites imperfections, odieux blocages, jours gris et autres fourberies… ces ennemis désignés ne sont en réalité que des repères venant éclairer des blessures encore bien vivantes – même si elles sont anciennes – réactivées par un événement du présent. Des caches-douleurs qui nous évitent habilement de ressentir ce qui fait mal. En réalité, on ne peut faire l’impasse de ressentir ce qui fait souffrir pour le transformer, la rencontre doit se faire, coûte que coûte. Oui, il faut regarder le soleil en face.

Soyons fiers de nos ombres ! Pour accomplir leur mission et si bien protéger ce qu’il y a de plus précieux et de plus fragile en nous, elles méritent vraiment respect et admiration. Et quand un repère s’allume, s’ouvre alors une magnifique occasion de croissance, à qui s’en donne les moyens.

Une chose est sûre, il n’y a jamais d’arrivée définitive sur la route de nos vies, seulement des points d’étape qui permettent de se reposer et de respirer un peu. C’est aussi la richesse et la magie de la vie : ne jamais cesser d’avancer et d’évoluer.

Travailler sur soi est exigeant et difficile, parfois bousculant. Pour s’y engager, il faut du courage, de l’honnêteté et de la persévérance. Le changement ne peut être qu’à ce prix.
Pour qu’ait lieu une véritable transformation, il nous faut user de patience et de bienveillance, ces mêmes qualités que nous aurions envers un tout petit enfant qui apprend à marcher…

Je dis souvent aux cheminants en thérapie qui osent cette aventure audacieuse, que chacun fait toujours du mieux qu’il peut, avec sa conscience du moment. La dureté et l’intransigeance avec lesquelles nous condamnons ce tout petit qui vit en nous et qui ne sait pas encore faire – et ce, peu importe l’âge réel que nous avons – a des effets dévastateurs sur l’image que l’on a de soi. Imaginez-vous face à un enfant faisant ses premiers pas et qui cherche son équilibre… que lui diriez-vous ? qu’il est nul de ne pas y arriver ? que c’est le dernier des idiots et qu’il n’a aucune chance de faire mieux ? Et que feriez-vous ? Iriez-vous jusqu’à le bousculer, le critiquer, crier à son incompétence et le laisser au sol, accablé et honteux ?

Je vous entends déjà dire : « Mais non, jamais, je ne ferai ça ! » Et c’est pourtant ce que vous faites avec vous-même dès que vous vous jugez, que vous vous accablez de n’être décidément pas assez bon, pas assez beau, trop lent, trop gros, tellement nul, pas encore au bon endroit, ni à la bonne hauteur, ni ceci, ni cela, jamais assez bien… des petites doses de venin qui vous empoisonnent tout au long de la journée et vous privent d’exprimer ce que vous êtes, ce que vous avez de singulier.

Etre bienveillant envers soi-même est un apprentissage, comme marcher, nager ou écrire. Un coeur blessé empêche notre bienveillance naturelle de s’épanouir. Nos blessures sont alors aux commandes et s’expriment avec force, contre soi et contre les autres, camouflées en violences, petites ou grandes, amertume, manipulations affectives ou autres formes, exigeant la douceur, l’écoute ou le réconfort dont elles ont tant manqué. Blessures qui, tant qu’elles n’auront pas eu de réponses, existeront malgré nous et viendront filtrer nos façons de penser et d’étiqueter le monde, colorer nos comportements et réactions. Tout n’est que blessure d’amour et nous faisons ensuite alliance avec nos petits arrangements intérieurs…

Chacun de nous abrite en lui un petit qui doute et qui a besoin de nos encouragements.

Nourrissons pour nous-mêmes un regard tendre et bienveillant. Abusons d’indulgence, de rires, de compassion, de légèreté. Soutenons l’enfant dans sa marche hésitante, d’une main ferme et assurée, mais pleine de douceur et d’amour.

Fêtez-vous, vous le méritez ! Félicitez-vous pour chaque pas franchi, chaque victoire sur vous-même. Soyez fier d’être unique, fier du voyage parcouru, de tant d’épreuves déjà traversées. Respirez en conscience, un instant. Quelle chance… vous êtes vivant !

Par ce billet, je tiens à remercier toutes les personnes que j’accompagne. Qu’elles sachent combien je suis touchée par leur courage, honorée et profondément reconnaissante de recevoir chaque jour le cadeau de leur confiance.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de la lettre de Fabrice Midal en cliquant sur le lien : Et si vous découvriez le souffle de la bienveillance ?