La bienveillance

Extraits de la lettre du mois de novembre de Fabrice Midal*.

16-11b-02

« L’amour d’un être humain pour un autre, c’est peut-être l’épreuve la plus difficile pour chacun de nous, c’est le plus haut témoignage de nous-même ; l’œuvre suprême dont toutes les autres ne sont que les préparations. »
– Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète –

« Un thérapeute ne cherchera pas à être bienveillant avec son patient mais à l’aider pour de bon. Le médecin, l’enseignant, ne cherchent pas à aimer leur patient ou leur élève, mais à accomplir leur tâche. (…) c’est parce que le thérapeute ne cherche pas à être bienveillant qu’il est juste, et donc bienveillant. Le thérapeute sympathique, mais qui n’est pas dans un vrai travail, ne peut évidemment pas vous aider réellement.
Aussi, je crois à l’inverse qu’il faut dire : aucun thérapeute, médecin ou enseignant ne peut faire ce qu’il accompli jour après jour sans aimer ce qu’il fait, sans aimer les personnes avec qui il est en relation… »

Fabrice Midal* est écrivain, philosophe et fondateur de l’Ecole occidentale de médiation)

Dans sa réflexion de novembre, Fabrice Midal questionne la notion de bienveillance et notamment, la difficulté à faire preuve de bienveillance envers soi-même.
Cette lettre a résonné avec force pour moi, en écho aux personnes que j’accompagne, bien sûr, mais aussi en écho au long chemin que j’ai dû emprunter moi-même pour m’aimer mieux et accueillir de la même manière les parts de moi que je jugeais intolérables et celles que je jugeais convenables, bien plus faciles, elles, à mettre en lumière !

Vilains défauts, satanées faiblesses, maudites imperfections, odieux blocages, jours gris et autres fourberies… ces ennemis désignés ne sont en réalité que des repères venant éclairer des blessures encore bien vivantes – même si elles sont anciennes – réactivées par un événement du présent. Des caches-douleurs qui nous évitent habilement de ressentir ce qui fait mal. En réalité, on ne peut faire l’impasse de ressentir ce qui fait souffrir pour le transformer, la rencontre doit se faire, coûte que coûte. Oui, il faut regarder le soleil en face.

Soyons fiers de nos ombres ! Pour accomplir leur mission et si bien protéger ce qu’il y a de plus précieux et de plus fragile en nous, elles méritent vraiment respect et admiration. Et quand un repère s’allume, s’ouvre alors une magnifique occasion de croissance, à qui s’en donne les moyens.

Une chose est sûre, il n’y a jamais d’arrivée définitive sur la route de nos vies, seulement des points d’étape qui permettent de se reposer et de respirer un peu. C’est aussi la richesse et la magie de la vie : ne jamais cesser d’avancer et d’évoluer.

Travailler sur soi est exigeant et difficile, parfois bousculant. Pour s’y engager, il faut du courage, de l’honnêteté et de la persévérance. Le changement ne peut être qu’à ce prix.
Pour qu’ait lieu une véritable transformation, il nous faut user de patience et de bienveillance, ces mêmes qualités que nous aurions envers un tout petit enfant qui apprend à marcher…

Je dis souvent aux cheminants en thérapie qui osent cette aventure audacieuse, que chacun fait toujours du mieux qu’il peut, avec sa conscience du moment. La dureté et l’intransigeance avec lesquelles nous condamnons ce tout petit qui vit en nous et qui ne sait pas encore faire – et ce, peu importe l’âge réel que nous avons – a des effets dévastateurs sur l’image que l’on a de soi. Imaginez-vous face à un enfant faisant ses premiers pas et qui cherche son équilibre… que lui diriez-vous ? qu’il est nul de ne pas y arriver ? que c’est le dernier des idiots et qu’il n’a aucune chance de faire mieux ? Et que feriez-vous ? Iriez-vous jusqu’à le bousculer, le critiquer, crier à son incompétence et le laisser au sol, accablé et honteux ?

Je vous entends déjà dire : « Mais non, jamais, je ne ferais ça ! » Et c’est pourtant ce que vous faites avec vous-même dès que vous vous jugez, que vous vous accablez de n’être décidément pas assez bon, pas assez beau, trop lent, trop gros, tellement nul, pas encore au bon endroit, ni à la bonne hauteur, ni ceci, ni cela, jamais assez bien… des petites doses de venin qui vous empoisonnent tout au long de la journée et vous privent d’exprimer ce que vous êtes, ce que vous avez de singulier.

Etre bienveillant envers soi-même est un apprentissage, comme marcher, nager ou écrire. Un coeur blessé empêche notre bienveillance naturelle de s’épanouir. Nos blessures sont alors aux commandes et s’expriment avec force, contre soi et contre les autres, camouflées en violences, petites ou grandes, amertume, manipulations affectives ou autres formes, exigeant la douceur, l’écoute ou le réconfort dont elles ont tant manqué. Blessures qui, tant qu’elles n’auront pas eu de réponses, existeront malgré nous et viendront filtrer nos façons de penser et d’étiqueter le monde, colorer nos comportements et réactions. Tout n’est que blessure d’amour et nous faisons ensuite alliance avec nos petits arrangements intérieurs…

Chacun de nous abrite en lui un petit qui doute et qui a besoin de nos encouragements.

Nourrissons pour nous-mêmes un regard tendre et bienveillant. Abusons d’indulgence, de rires, de compassion, de légèreté. Soutenons l’enfant dans sa marche hésitante, d’une main ferme et assurée, mais pleine de douceur et d’amour.

Fêtez-vous, vous le méritez ! Félicitez-vous pour chaque pas franchi, chaque victoire sur vous-même. Soyez fier d’être unique, fier du voyage parcouru, de tant d’épreuves déjà traversées. Respirez en conscience, un instant. Quelle chance… vous êtes vivant !

Par ce billet, je tiens à remercier toutes les personnes que j’accompagne. Qu’elles sachent combien je suis touchée par leur courage, honorée et profondément reconnaissante de recevoir chaque jour le cadeau de leur confiance.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de la lettre de Fabrice Midal en cliquant sur le lien : Et si vous découvriez le souffle de la bienveillance ?